projets
N°58: 31 LOGEMENTS - PARIS
infos
- Client:
- SIEMP
- Date:
- 2009
- Coût:
- 5.7M€ HT
- Surface:
- 2 450 m² shon
Vue depuis le porche
ANALYSE URBAINE DU SITE
La parcelle du 168 rue de Crimée qui jouxte l'ensemble immobilier du 170 réhabilité par la SIEMP, a été construite au milieu du XIXème siècle et constitue une valeur historique indéniable. L'enjeu de cette consultation, au-delà du fait de réaliser des logements sociaux ou/et pour parti des ateliers d'artistes, pose la question de la conservation/reconstruction de ce patrimoine. En analysant précisément l'état de cet ensemble faubourien composé de cinq bâtiments (1 immeuble sur rue ; 3 petits immeubles en U formant une cour et une très belle halle industrielle au fond de cette parcelle tout en longueur qui abrite dès sa construction en 1912, une imprimerie aujourd'hui ateliers d'artistes), nous sommes en accord avec la Maîtrise d'Ouvrage pour confirmer le fait de conserver et réhabiliter à l'identique le bâtiment sur rue à l'instar du 170 rue de Crimée ; de mettre en valeur en réhabilitant minutieusement la halle industrielle et de démolir les trois petits bâtiments sur cour du fait de leur extrême vétusté.
Doit-on, pour autant, reconstruire ces trois immeubles en U, certes pittoresque, mais qui engendrent, de notre point de vue, de nombreux inconvénients d'ordre urbains, techniques et d'usages ? C'est la question majeure que nous avons débattu avec l'architecte Voyer que nous avons consulté cet été. Car en effet cette configuration enclavée empêche l'accès et bloque la vue de et sur la halle. La grande proximité des ailes du U crée des vis-à-vis trop proches et engendrent des zones d'ombres tout au long de l'année. De plus ce plan en U manque de compacité, démultiplie le développé des façades et des noyaux verticaux tout en morcelant les espaces extérieurs. Enfin, au-delà du fait que cet ensemble en U risque d'être moins performant thermiquement, il fabrique des logements étroits et relativement petits.
INSERTION URBAINE DU PROJET, PARTI ARCHITECTURAL ET MATERIAUX EMPLOYES
Comme nous l'avons vu plus haut, un des enjeux de ce projet est de proposer une insertion urbaine respectueuse de l'histoire de cette parcelle tout en mettant en place une scénographie qui permette d'établir une mise en perspective et une profondeur de champ nouvelles depuis la rue de Crimée. Seul, le positionnement d'un bâtiment central au cœur de cet îlot en dégageant le mur qui lui fait face, peut rendre lisible toute la longueur de
la parcelle avec comme visée la halle-atelier comme point d'orgue. Ainsi, à la manière d'une scène de théâtre, nous considérons l'immeuble sur rue avec son porche comme un cadre de scène, l'immeuble central joue le rôle d'entrée et de sortie latérales de scène avec comme fond de « décor » la halle-atelier en ligne de mire.
Dès lors que ce dispositif urbain composé de trois bâtiments distincts est posé, tout deviens clair. Un véritable espace intérieur urbain devient possible. Ce cœur d'îlot fluide et paysagé (pavé et végétalisé) instaure une relation d'usage entre tous les immeubles des deux parcelles.
Le bâtiment sur rue :
Il est donc réhabilité à la manière des immeubles faubouriens du milieu du XIXème siècle (comme le n° 170) : enduit à la chaux ; volets bois gris persiennés ; garde corps en tableaux ; toiture zinc et reconfiguration des espaces intérieurs en 6 logements + loge + locaux poubelles le tout aux normes handicapé (d'où ascenseur). Côté rue l'isolation thermique est placée à l'intérieure du bâtiment. Tout en étant traitée dans l'esprit de la façade sur rue, les normes thermiques nous obligent à isoler la façade côté cour par l'extérieur mais nous permet de prolonger les logements sur le cœur d'îlot par un balcon filant par niveau, accessible par des portes fenêtres persiennées. Le rez de chaussée est constitué du local d'activité sur rue et cour. Le porche comporte une grille transparente sur rue qui donne accès à la loge du gardien, aux boîtes aux lettres de l'ensemble de la résidence, à un petit local poussette ainsi qu'au local poubelle inscrit dans la petite excroissance agrandie pour obtenir la surface adéquate.
Le bâtiment central
Il devient le pivot du dispositif. Non seulement il offre une vue dégagée au piéton jusqu'à la halle-atelier, mais permet, grâce aux prospects, un recul suffisant face au mur pour un ensoleillement maximum tout en réduisant les vis-à-vis. Il centralise les services communs de cette nouvelle résidence : vélos, local poussettes, chaufferie... C'est un bâtiment compact très économe en énergie. Ces quatre façades sont percées de fenêtres proportionnellement dimensionnées en fonction des différentes orientations. Il ne comporte qu'un seul noyau vertical qui desserre 17 grands logements. Son socle comporte en plus du hall et des services communs, des logements vitrés qui donnent sur des jardins privés. Le corps principal est constitué de 3 niveaux de grands logements. Son attique en gradin comporte 2 niveaux de logements en duplex avec terrasses bois ou/et végétalisées découpés en fonction des prospects. La terrasse supérieure supporte quelques panneaux solaires produisant une partie de l'eau chaude sanitaire. Ce dispositif en retrait des gradins permet de minimiser l'impact visuel au niveau des piétons. Le bâtiment est construit avec un système structurel en béton poteaux+poutres+dalles. Les façades sont réalisées avec un complexe isolant épais d'env. 30 cm placé devant une peau en verre Emalite teinte argent. Les portes fenêtres sont coulissantes à menuiserie alu-bois. Les garde-corps sont en stadip ton Antélio argent légèrement réfléchissant protégeant ainsi les usagés des vues. Une série de stores extérieurs à lamelles orientables aluminium argent à commandes électrique permettront de se préserver d'un l'ensoleillement trop fort tout en offrant une occultation efficace. Chaque niveau est marqué par un capotage horizontal en aluminium qui cachera les nez de dalles, les accessoires d'étanchéité ainsi que les stores repliés.
La Halle-atelier
Il se trouve en fond de parcelle est entièrement réhabilité et transformée pour y accueillir soit 6 logements-ateliers d'artistes soit 6 grand logements sociaux. Le but ici est de conserver la façade principale mixte structure bois+brique et les grands pans vitrés. Seules les menuiseries et le vitrage seront changés : menuiseries aluminium ton argent et double vitrages thermiques solaires doublés de stores verticaux Sun screen sur rails intégrés à commandes électrique. La structure intérieure en bois sera conservée et renforcée en cas de besoin. L'ensemble des planchers existant seront remplacé par des planchers bois constitués d'une chape composite bois-béton, d'un isolant thermique et phonique de 20 cm. Un large patio (8,6 m x 6,5 m = prospects) intérieur entièrement revêtu de lame de bois Douglas autoclave classe 4 sur un complexe isolant thermique, est creusé au fond de la halle contre le mur d'échiffre pour permettre de diffuser une lumière naturelle par de larges fenêtres aux 6 logements ou ateliers d'artistes. Compte tenu de l'organisation des logements/ateliers, une des fermes en bois est laissée apparente en extérieur. Le sol du patio est également constitué d'une terrasse en bois ponctuée de quelques arbres en pot. L'ensemble des murs périphériques ainsi que la façade brique est doublé à l'intérieur par un isolant thermique en fibre naturelle d'une épaisseur déterminée en fonction des calculs thermiques. Compte tenu du fait que nous proposons des logements ou ateliers accessibles depuis le RDC, certains d'entre eux sont desservis au premier étage par une galerie et un large escalier métallique à barreaudage vertical. La toiture et son lanterneau sont entièrement repris et revêtus d'une couverture en zinc à joints debout sur un isolant en fibre naturelle. Les 6 ateliers sont accessibles depuis le RDC. Soit depuis le jardin pour deux d'entre eux soit par un porche creusé en façade qui débouche sur le patio pour les 4 autres. Les logements de 4 ateliers sont eux desservis par la galerie. Quant à la version logements sociaux, trois d'entre eux sont accessibles en RDC pour les personnes à mobilité réduite et les trois autres le sont par la galerie. Un des six est même en duplex. L'idée de ces configurations étant d'habiter l'ensemble de la grande hauteur de cette ancienne halle-atelier.
Le jardin du cœur d'îlot
Celui-ci comme nous l'indiquons plus haut, est à la fois minéral (pavés parisiens posés sur lit de sable à joint herbeux) et végétalisé (graminées hautes pour les jardins privatifs et bambous le long du mur mitoyen restitué en pierre). Il s'agit de créer une ambiance légère et par ailleurs parisienne tout en réduisant l'entretien de celui-ci.
Cette stratégie urbaine est payante, car avec trois bâtiments nous obtenons plus de logements que le prévoyait le cahier des charges. En effet si nous comptabilisons 6 logements dans le bâtiment sur rue + 17 logements dans le bâtiment en cœur d'îlot + 6 logements ou ateliers nous obtenons 29 logements au total avec une forte proportion de grands logements (4 et 5 pièces). Ce qui nous permettrait d'en obtenir plus si nous réduisions certains grands logements par exemple un T5 en un T2 + un T3.
Cette configuration en trois édifices nous permet également de s'inscrire dans l'histoire de cette parcelle : le bâtiment sur rue faisant référence à l'époque faubourienne du milieu du XIXème siècle ; la halle-atelier celle du début du XXème siècle industriel et enfin le nouveau bâtiment de par sa proportion, sa matérialité et son inscription dans ce jardin intérieur retrouvé, à ce début du XXIème siècle.
De manière plus prosaïque, cette proposition urbaine va nous permettre de réaliser un chantier plus aisé, plus propre, avec de vrais aires de stockage et de thématiser le travail forcement différent sur ces trois édifices.
Bien que n'ayant pas utilisé une seul fois le mot qualité, ni le mot haute, ni environnement, nous pensons sincèrement que notre proposition est bien sûr HQE ! Et pas seulement sur l'aspect cibles à atteindre mais aussi sur le fait qu'en désenclavant cette parcelle, les habitants vont pouvoir bénéficier d'un plus grand ciel, d'un espace plus large et d'obtenir ainsi « plus d'air » aussi bien à l'intérieur de leurs logements qu'à l'extérieur dans cette cour/jardin vivante et partagée.
Ainsi nous pensons que notre projet propose une alternative au « tout réhabilitation » qui, parfois, tend vers le pastiche. C'est un projet qui s'inscrit dans les préoccupations actuelles de notre société en matière de développement durable car, il nous semble, que pour durer il faut pouvoir changer et évoluer en préparant le patrimoine de demain.
